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GouvCamp 2012: rêver le gouvernement mobile, ouvert, social et collaboratif

Demande de services sur les réseaux sociaux et sur les plateformes mobiles qu’adoptent massivement les Québécois, revendication en faveur de données gouvernementales ouvertes par souci de transparence et pour favoriser la collaboration avec les citoyens, résistance des services informatiques et des décideurs. Autant de défis-colossaux?- auxquels sont confrontés les professionnels du Web du gouvernement du Québec.

C’est sur ces thèmes que plusieurs d’entre eux (environ 60% des participants) ont choisi de discuter avec des représentants du secteur privé et des citoyens militant pour l’ouverture des données publiques lors d’un premier GouvCamp tenu à Québec le 22 février dernier. Animé de brillante façon par l’animateur Sylvain Carle, co-fondateur de Needium, ce camp se voulait une réflexion sur l’utilisation des technologies de l’information et des communications pour créer un mouvement « positif » autour de la gouvernance en général et du gouvernement en particulier.

Le journaliste Fabien Deglise, du Devoir, a fort bien résumé dans son compte rendu, quelques-uns des enjeux abordés lors de ce rendez-vous intimiste. Quelques jours plus tard, que retenir d’autres de cette première initiative de mise en commun entre environ 70 passionnés du Web?

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Mobilité: l’approche par livraisons

Invités à choisir les thèmes de la discussion en votant parmi les sujets proposés par chaque participant, les « campeurs » ont opté en grand nombre pour la mobilité. Une question s’est posée : comment réutiliser les contenus des sites Web gouvernementaux sur les plateformes mobiles?

Un constat s’impose: il est plus facile d’élaborer un petit projet de communication spécialement conçu pour le mobile que de « faire entrer » la totalité des contenus de nos sites Web dans un environnement mobile. Ils ne sont pas conçus pour ça.

Le Directeur général des élections du Québec privilégie désormais le mobile dans tout nouveau projet de communication Web. Lancé à l’automne 2011, le site mobile du DGEQ a nécessité 3 mois d’efforts. Il n’est pas complet, mais il constitue une assise sur laquelle construire.

La clé du succès pour le DGEQ? Une approche par livraisons. Cibler les « morceaux » du site « traditionnel » qu’il faut rapidement offrir en version « légère » en s’appuyant notamment sur les demandes des clients, les partis politiques entre autres. Pour Patrick Leduc, du DGEQ, il faut se donner une échéance pour la conception d’un site mobile et la respecter, en diffusant à la date de lancement prévue le contenu prêt à publier.

S’ouvrir par défaut

Est-ce en raison de la présence de militants des mouvements Québec Ouvert et Capitale Ouverte? Le thème des données ouvertes a retenu davantage l’attention des participants du GouvCamp que les autres sujets. Rappelons que cette ouverture passe par la conversion des données recueillies par les ministères et organismes dans le cadre de leurs activités dans un format exploitable par des développeurs et par la mise en ligne de ces données sur Internet.

Là encore, la discussion fait place autant au questionnement qu’à l’affirmation.

Un participant évoque le but ultime de la mise en ligne des données publiques: un gouvernement ouvert par défaut plutôt qu’un gouvernement fermé qui se dévoile uniquement par l’intermédiaire des demandes d’accès à l’information. Le gouvernement devrait justifier la fermeture des donnés plutôt que leur ouverture.

Comment accélérer cette ouverture justement? En misant sur des partenaires financiers, les clients potentiels des données gouvernementales, avance Benoît Girard, jeune retraité du gouvernement du Québec et ex-animateur fort apprécié de la communauté des webmestres de l’État québécois. Ces clients potentiels pourraient servir d’alliés aux professionnels du Web dans leur volonté de faire pression sur les décideurs pour rendre publiques et exploitables les données non-nominatives de l’organisation.

Mais attention… une mise en ligne de données exploitables, ça se prépare! Avant d’ouvrir, il faut être sûr de pouvoir répondre à la demande, tant sur le plan des ressources que sur celui du cadre juridique.

Disposons-nous justement des assises légales nécessaires à la « libération de données »? Un cadre légal reste-t-il à écrire pour appuyer les projets d’ouverture? Doit-on encadrer l’utilisation de données recueillies dans le cadre du travail gouvernemental? Pour Félix Bégin, du mouvement Capitale Ouverte, dont les efforts ont conduit ce 22 février à l’annonce par la Ville de Québec de rendre accessible ses données publiques, une demande formelle doit être transmise au Dirigeant principal de l’information du gouvernement du Québec pour qu’il prépare un cadre de gouvernance sur l’ouverture des données.

Les participants s’entendent sur l’avantage de cette ouverture: en plus de stimuler l’engagement citoyen et de favoriser à faible coût la conception d’applications mobiles, l’ouverture est aussi une manière de découvrir et de recruter des programmeurs compétents, comme l’observe un participant. « Si on s’ouvre, c’est plus facile de solliciter de l’aide, ajoute un autre. « Le gouvernement prend parfois des citoyens pour des épais: on craint le piratage, on s’inquiète de sécurité, plutôt que de se soucier de « faire ensemble ». », conclut le blogueur Mario Asselin.

Québec Ouvert : la notion de service public doit s’étendre aux données

Les militants de Québec ouvert ont profité du GouvCamp pour faire connaître leur jeune mouvement, en faveur de la création d’un portail Web pour rendre accessible des données gouvernementales non-nominatives.

Leur objectif? Permettre aux Québécois de s’approprier ces données pour suivre avec davantage d’attention les activités de leurs élus tout en transformant l’information « libérée » en applications mobiles susceptibles de leur rendre service au quotidien.

La notion de service public doit s’étendre aux données, à l’informatique, considèrent Jonathan Brun et Dave Pelletier, co-fondateurs de Québec Ouvert. Les données ouvertes peuvent transformer le gouvernement, briser les silos en introduisant davantage de transparence, notamment dans l’exercice d’attribution de contrats à la suite d’appels d’offres, croient-ils.

La démarche de Québec Ouvert se veut proactive: QO veut collaborer avec le gouvernement, organiser des événements tels des hackathons pour favoriser l’interaction entre fonctionnaires, citoyens et entrepreneurs dans le but d’identifier des solutions aux problèmes de l’ensemble de la population.

Un appel est lancé pour participer à la première assemblée publique du mouvement le 22 mars, à Québec, Montréal et Gatineau. On peut aussi suivre les travaux de Québec ouvert sur le blogue du groupe et lire l’article du Devoir. On peut s’inscrire sur Eventbrite.

Médias sociaux: foncer tout en contrant la fracture numérique

Dans l’enquête NeTendances 2011 du CEFRIO portant sur le gouvernement en ligne et rendue publique le 14 février 2012, peu de gens ont exprimé leur intérêt à recevoir des services gouvernementaux par l’intermédiaire des médias sociaux:

« Communiquer avec le gouvernement par les médias sociaux comme Facebook ou Twitter présente un faible intérêt chez les internautes, au Québec. La note moyenne attribuée à l’intérêt pour la communication à l’aide des médias sociaux est de 2,2/10 chez les internautes de plus de 18 ans. » (p.13 du rapport d’enquête)

Ce résultat étonnant exprime-t-il un manque réel d’intérêt pour cette forme de service à la clientèle ou s’agit-il plutôt d’un « vote sur la présence actuelle du gouvernement » sur Facebook, Twitter et compagnie?

Sur cette question comme sur les précédentes, les « campeurs » expriment leur volonté d’agir. Pourquoi n’informerait-on pas les citoyens à l’aide des médias sociaux même s’ils n’ont pas encore posé de questions ou sollicité de réponses? Après tout, c’est le même CEFRIO qui a souligné l’engouement de nos concitoyens pour les médias sociaux dans une autre enquête NeTendances 2011.

Dans ce domaine comme dans celui des services en ligne, des participants appréhendent toutefois la fracture numérique. Ils se demandent si le gouvernement devrait/pourrait offrir des formations pour apprendre aux citoyens à utiliser les médias sociaux.

Développer sa capacité d’écoute

Comme l’a rapporté Fabien Deglise, du Devoir, le blogueur Mario Asselin a insisté sur la précieuse source d’information que constituent les médias sociaux. Abondamment décrits comme relayeurs d’information ou comme façonneurs d’images, les MS semblent encore sous-estimés au gouvernement du Québec comme outils de veille et de recherche d’information.

Le gouvernement n’a pas les moyens de se priver de cette veille, pense M.Asselin, qui ajoute du même souffle « qu’il n’y a pas au gouvernement de structure organisationnelle d’écoute ». Il importe de stimuler cette capacité d’écoute et de réponse à l’interne, et ce, chez les personnes les plus aptes à proposer les bonnes réponses. Ce ne sont pas toujours ni les gens du Web, ni ceux des relations publiques.

Le gouvernement bloque les réseaux naturels de ses employés

Les médias sociaux sont des outils de co-création. Canal privilégié pour solliciter de l’information, des commentaires ou des suggestions auprès des citoyens, ils peuvent rapprocher les collègues et mettre à profit le savoir de chacun.

Or, alors que toutes les études témoignent de l’engouement des internautes et des mobinautes pour les médias sociaux, le gouvernement compromet l’accès aux « réseaux de contacts naturels de ses employés » en bloquant l’accès à ces outils. Les services de sécurité informatique limitent aussi la collaboration en interdisant l’accès à Google Docs. Constat: cette collaboration n’est pas encouragée à l’interne. Conséquence: les employés s’achètent des téléphones intelligents pour contourner ce blocage. Est-ce sain « d’encourager » la création de tels réseaux parallèles?

Et si ce blocage attestait de la méconnaissance de ces outils par les décideurs? Pour un campeur présent, « les gestionnaires pensent que le bruit écrase le signal sur les médias sociaux ». Problème générationnel?

Cette fermeture risque d’éloigner encore plus de la fonction publique les jeunes pour qui les médias sociaux constituent des « aidants naturels ». Certaines entreprises américaines sont incapables de recruter des jeunes parce qu’elles interdisent l’accès aux médias sociaux, rappelle un participant. Déjà que le processus « soviétique » de recrutement de la fonction publique québécoise complexifie l’embauche, imaginez en plus s’il faut avouer à un membre de la génération C qu’il devra renoncer à Facebook sur les heures de bureau…

Stimuler la participation citoyenne

Mobilité, données ouvertes, médias sociaux. Vers où on peut aller pour rendre la démocratie davantage participative, notamment auprès des jeunes? Comment « pousser plus loin » la participation citoyenne, qui s’essouffle de plus en plus à chaque rendez-vous électoral? Comment la relancer? En exploitant davantage les intérêts et les compétences des citoyens? Par quels moyens, par quelle voie y faire appel, si telle est la solution?

Réponse de Jonathan Brun, de Québec Ouvert et Montréal Ouvert : « notre job en tant que citoyen actif est de concevoir des outils informatiques qui rendent convivial et amusant le fait de s’engager dans sa communauté ». Monsieur Brun cite l’exemple de budget plateau.com, une plateforme qui fait appel au jeu dans une démarche de consultation citoyenne.

Les professionnels du Web gagneraient aussi à faire appel davantage à l’image, aux infographies pour présenter l’information, la rendre « appréhendable », compréhensible, et ainsi vaincre la technophobie de plusieurs citoyens que la consultation de nos sites Web rebute ou frustre.

Dans la conception d’outils favorisant la participation citoyenne, certains s’inquiètent de l’anonymat, qui enlève parfois de la crédibilité aux démarches de citoyens. Une vignette ou une carte technologique pourrait être remise aux citoyens désireux de ne pas s’identifier pour néanmoins contrôler l’accès aux plateformes de prise de décision ou d’expression ou aux éventuels modes de scrutin numériques.

« Faire quelque chose ensemble », engager le dialogue avec les utilisateurs de nos sites, c’est aussi les associer dans la conception des systèmes qui serviront à leur dispenser des services, pense un participant. Dans un tel processus, le préposé aux services à la clientèle d’une organisation impliqué dans le projet aux côtés de professionnels de l’informatique ou de pilotes de systèmes ne se sent pas toujours la permission de « parler ». Et si le citoyen engagé dans la démarche et libre de s’exprimer lui rendait la légitimité de dénoncer ou de conseiller?

Quoiqu’il en soit, les citoyens ont beau s’engager, s’ils ne voient pas les bénéfices ou les conséquences de leurs actions, ils perdront vite l’envie de participer. Sylvain Carle cite l’exemple du projet Signer une pétition en ligne du site de l’Assemblée nationale. Intéressante, l’initiative pêche cependant par l’absence d’un mécanisme de suivi, de rétroaction auprès des signataires.

Et si on rendait les « interfaces gouvernementales moins poches »?

Pourquoi les « interfaces gouvernementales sont tellement poches et le restent-elles aussi longtemps? » s’interrogent les participants. Les demandes des professionnels des communications sont-elles bien formulées dans les appels d’offres qui servent à embaucher les firmes qui concrétiseront leurs besoins d’informer? Pour certains, le processus d’appel d’offres ne favorise pas le processus d’innovation parce que trop strict.

Méconnaissance ou résistance? Un participant déclare qu’au sein des ministères et organismes, on ne fait pas toujours face à de l’ignorance, mais à de l’opposition. « Certains décideurs perçoivent très mal la révolution culturelle qui s’opère actuellement. Ces décideurs sont tournés vers des préoccupations politiques. C’est à cette opposition qu’il faut s’attaquer. »

On évoque enfin les problèmes de gouvernance des projets en technologies de l’information : un projet Web doit impliquer les gens de communications et de contenus et les gens qui connaissent les clientèles visées par le projet, pas uniquement des spécialistes de l’informatique.

Attention au perfectionnisme à l’excès, cependant: l’animateur Sylvain Carle rappelle que dans un projet Web, « il ne faut pas viser le parfait, mais l’assez bien ».

Un exercice créatif à répéter

Les organisateurs du GouvCamp peuvent être fiers : l’activité n’a pas donné lieu à des représentations -ou des dénonciations- partisanes et ne s’est pas transformé en exutoire.

L’échange a d’abord pris son envol dans un cadre formel: enregistrés par l’émission radiophonique La voix du libre de CKIA 88,3 , animateur et conférenciers intervenaient au micro, le premier à l’avant-scène, les autres dans leur rôle de spectateurs bien installés en rangées. Ce n’est qu’en 2e partie, alors que les micros se sont fermés et que l’animateur a eu la bonne idée de transformer l’aménagement intimidant de la salle en cercle intime que les échanges ont gagné en pertinence et en intensité. Loin de prendre la forme d’un exercice de défoulement, le camp a soulevé des questions, mis en lumière des solutions potentielles, inspiré des voies à suivre.

Pour en savoir plus :

Raphaël Thériault, E-Gouv Québec

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  1. 3 mars 2012 à 18:45

    Quel compte rendu intéressant. L’an prochain, comptez-moi parmi les vôtres !
    En attendant, quelques commentaires sur le texte :

    On parle d’ « un portail Web pour rendre accessible des données gouvernementales non-nominatives [qui aurait comme objectif de] permettre aux Québécois de s’approprier ces données pour suivre avec davantage d’attention les activités de leurs élus tout en transformant l’information « libérée » en applications mobiles susceptibles de leur rendre service au quotidien ».

    Attention de ne pas confondre les élus et les fonctionnaires, le politique et l’administratif !

    Dans cette veine, peut-être connaissez-vous ces sites du fédéral :

    Projet pilote sur les données ouvertes : http://www.data.gc.ca/default.asp?lang=Fr&n=F9B7A1E3-1

    Visible Gouvernement http://www.visiblegovernment.ca/

    … ceci n’a rien de politique comme référence… (on pourrait même s’étonner de l’existence même de ces sites sous Harper, mais bon.)

    Mais un des plus bels exemple est http://openparliament.ca/
    J’aimerais voir ça pour le Québec. Est-ce que ça existe ?

    Plus loin, on parle de « l’intérêt pour la communication à l’aide des médias sociaux est de 2,2/10 chez les internautes de plus de 18 ans. » […]. résultat étonnant. »

    Peut-être y a-t-il là une crainte que les médias sociaux « remplacent » les autres formes de communications gouvernementales, ce qui augmenterait la fracutre numérique. (cela s’est déjà avéré avec le web 1.0)

    À 2 paragraphes d’intervalle, on lit :
    « Ils se demandent si le gouvernement devrait/pourrait offrir des formations pour apprendre aux citoyens à utiliser les médias sociaux » et un peu plus loin : « Et si ce blocage attestait de la méconnaissance de ces outils par les décideurs? »

    Manifestement, ce n’est pas au « gouvernement » d’offrir des formtions… Dieu merci, certains fonctionnaires n’attendent pas la bénédiction politique pour prendre des initiatives!

  2. 28 mars 2012 à 13:27

    Les élus de la francophonie participeront à un GouvCamp en France (journal Le Soleil, 27 mars 2012) : http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/politique/201203/26/01-4509632-gouvcamp-20-en-france.php

    Mais pourquoi aucun élu du Québec a participé au premier GouvCamp de Québec? 🙂

  1. 2 mars 2012 à 19:39
  2. 2 mars 2012 à 21:35
  3. 3 mars 2012 à 07:51
  4. 6 juillet 2012 à 23:37
  5. 20 octobre 2012 à 21:58
  6. 22 janvier 2013 à 07:00
  7. 4 avril 2013 à 16:12
  8. 20 novembre 2013 à 20:45

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