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Faire des sites Web pour mobiles – Deuxième partie: Quelles sont les options techniques?

10 septembre 2012 4 commentaires

Cet article est le second d’une trilogie pour aider les spécialistes du Web du gouvernement du Québec à prendre des décisions concernant la création de sites pour mobiles.

Le premier article avait pour objet l’intérêt de faire des sites pour mobiles, alors que le présent billet devrait guider le lecteur vers l’une des diverses méthodes qui peuvent être utilisées pour répondre à la nouvelle clientèle.

Comme il a été vu dans le précédent article, la technologie mobile est en pleine explosion et il n’existe pas de standards bien définis quant à la réalisation des sites. Ainsi, plusieurs méthodes s’offrent à nous et il importe de connaître les avantages et inconvénients de chacune.

Quelles sont les options pour faire un site adapté pour mobile?

La création de sites pour mobiles implique que l’on doive faire un choix quant au type de technique à employer pour optimiser le site sur les appareils. Il existe diverses méthodes ou approches que l’on peut mettre en place, mais aucune n’est parfaite, toutes ont leurs petits désagréments.

Le prochain schéma présente les différentes méthodes que l’on peut mettre en place actuellement, car il y a fort à parier que de nouvelles approches soient développées au cours des prochaines années.

On retrouve sur le blog de Google un article qui expose les différences entre les deux principales techniques.


Figure 1: Présentation de diverses approches de conception de sites adaptés pour mobiles. Dans tous les cas, il s’agit de présenter l’information stockée sur une base de données et de s’assurer d’un affichage optimal pour l’utilisateur.

Le site dédié

L’approche du site dédié pour mobile est celle qui est la plus traditionnelle. Dans les faits, le site dédié est une duplication, un autre site, qui lui est optimisé pour les petits appareils.

Cette approche est la plus sécuritaire et la plus simple, du moins, en apparence. Le tout repose sur une des diverses techniques de détection de l’appareil et on dirige l’utilisateur vers un site créé spécifiquement pour les appareils mobiles.

Les risques

Un site dédié pour appareils mobiles implique que l’on détecte que c’est un appareil mobile. Donc, on doit déterminer quels sont ces appareils, ce qui devient assez complexe.

Avant de poursuivre, je me permets une petite parenthèse…

Vous souvenez-vous ces quelques sites qui ont été créés au début des années 2000 qui, aujourd’hui encore, lorsque consultés avec Chrome, Safari ou Firefox, dernières versions, nous indiquent que notre fureteur est trop vieux et que nous devrions utiliser Internet Explorer 6 ou Netscape 4?


Figure 2: Encore aujourd’hui, des services ont été conçus pour des fureteurs précis et ne tolèrent pas d’autres logiciels (Chrome 20 ici). Des situations semblables vont se produire pour les appareils mobiles. Par exemple, une tablette non reconnue pourrait être vue comme un mobile et forcer l’affichage réservé aux petits écrans sur un écran de haute résolution, ce qui n’est pas souhaitable.

Fin de la parenthèse.

Il arrive aussi que des développeurs bien intentionnés crée de véritables cauchemars pour les utilisateurs mobiles. XKCD en a fait une superbe démonstration:

Figure 2: Capacité d’attention d’un serveur Web, il est bien connu qu’il oublie vite qui nous sommes, ce qui peut nous causer bien des problèmes.

Ce qu’illustre XKCD est un problème commun. Plutôt que de permettre à l’utilisateur d’accéder au contenu désiré, le serveur dirige toujours vers la page d’accueil. Il devient donc virtuellement impossible de consulter la page, à moins de s’envoyer le lien par courriel et d’utiliser un appareil «standard».

Parallèlement, la technique du site dédié permet aussi de trier les contenus qui seront diffusés pour mobiles et, par le fait même, optimiser la navigation des utilisateurs. Or, il y a un risque de «balkanisation», un peu à la manière de ce qui se passait à la fin es années ‘90 avec les fureteurs. J’ai par ailleurs fait un billet sur le sujet sur mon blogue personnel, si ça vous intéresse d’en savoir plus sur le sujet.

En sélectionnant des contenus qui ne sont pas accessibles pour mobiles, nous décidons pour l’utilisateur quel est son réel besoin sans prendre en considération qu’il pourrait décider de consulter un contenu que nous jugeons inutile pour lui.

Finalement, le fait d’avoir un site pour mobile et un site pour appareils «réguliers» implique que chaque page a son propre URL, donc des contenus identiques sont dédoublés. Ce n’est pas un problème majeur, mais il y a des irritants, comme dans les moteurs de recherche ou bien lorsqu’un lien mobile est transféré à un utilisateur d’appareil standard et qui sera forcé de consulter le contenu en version mobile.

Avantages

Il n’y a pas que des inconvénients aux sites mobiles. Un des avantages de cette méthode est l’optimisation. Effectivement, puisque l’on crée un site spécifiquement pour appareils mobiles, il devient possible d’optimiser le code de façon à limiter l’usage souvent restreint de bande passante des appareils.

Les pages sont alors plus rapides à charger et la navigation peut être plus agréable. Parlant de navigation, il est aussi possible de revoir complètement l’approche de navigation à l’intérieur du site pour mettre à profit des fonctions de l’appareil ou bien les particularités de l’écran tactile.

Contrairement à l’approche du design adaptatif, celle-ci repose sur le SGC et des méthodes de détection du fureteur (user agent) qui comportera des gabarits qui seront conçus pour les appareils mobiles. Ainsi, on retrouvera un code HTML, des JS et autres CSS et images qui seront conçus pour les mobiles, d’où la mention d’optimisation.

On peut aussi, dans un site mobile, intégrer la notion de «contenu différencié», donc que l’on décide quel contenu sera visualisé sur mobile en opposition à celui présenté sur le site régulier. Mais attention à la balkanisation!

  • Le site peut être optimisé pour mobile et comporter des gabarits plus légers et des images de plus petite taille, limitant la charge et facilitant le téléchargement sur les réseaux mobiles;
  • Le site étant indépendant du site régulier, on peut sélectionner certains contenus qui ne seront disponibles que dans une version ou l’autre;
  • La gestion de projet peut être simplifiée et il est possible de créer un site mobile une fois le site régulier conçu car l’impact en l’un et l’autre peut être minimal;
  • On peut créer un site mobile qui comporte une application (type HTML5) permettant de faire du transactionnel.

Inconvénients

  • Des erreurs de conception peuvent créer de forts désagréments pour l’utilisateur, par exemple, de forcer l’utilisation de la version mobile;
  • Un utilisateur de tablette avec une résolution élevée ne désirera pas nécessairement utiliser la version mobile qui lui sera imposée par défaut;
  • Tout le contenu du site devrait être accessible en version mobile et régulière, ce qui n’est pas toujours le cas;
  • Il faut souvent dédoubler la gestion du site (version mobile et standard);
  • Certaines technologies ne supportent pas bien la création de sites mobiles (cas vécu…);
  • Il y a un risque de balkanisation du Web.

Responsive design ou design adaptatif

Présentée en 2010, mais popularisée principalement en 2011 par Ethan Marcotte#, la technique du design adaptatif, mieux connue sous le vocable anglais de «Responsive Web design» est une approche permettant d’adapter le contenu à la largeur de l’écran de l’utilisateur, sans tenir compte de l’appareil utilisé.

Figure 2: Le responsive Web design est une technique permettant d’afficher une même page Web de façon différente selon la largeur de l’écran de l’utilisateur.

La technique

Techiquement, c’est relativement simple (en théorie). Le principe se base sur l’adoption récente des dernières technologies Web, comme le HTML5 et le CSS3 par les fabricants de fureteurs.

Tel que présenté dans la figure 1, la technique repose sur l’utilisation d’une différenciation par CSS de la largeur de l’écran (en utilisant les media queries). Ainsi, on pourra appliquer des feuilles de styles selon la largeur de l’écran et afficher ou cacher, disposer différemment ou modifier l’apparence des éléments de contenu de la page.

C’est le paradis, alors!

L’un des avantages indéniables de cette approche, c’est qu’un seul et même site s’adapte au besoin, selon l’écran. Aucune détection particulière du navigateur ou de l’appareil, un seul URL par page. Bref, ça pourrait être le paradis!

Ce n’est pas toujours le cas…

Mettre une approche de design adaptatif dans un site n’est pas toujours de tout repos. L’expertise est encore jeune, de nouvelles approches sont annoncées chaque semaine (ça nous rappelle un peu la période début 2000 où on abandonnait les tableaux pour faire le positionnement en CSS pures). Bref, c’est une méthode récente qui évolue sans cesse et rapidement.

De plus, un gros inconvénient, c’est le code. Si un seul et même site sert les appareils lourds et les appareils légers (mobiles), on a le même rendu HTML et tout ce qui suit (JavaScript et images). Bon, il existe des techniques complexes pour éviter le téléchargement inutile d’images, mais c’est encore assez complexe.

On se retrouve donc avec un site ajusté pour mobiles, mais qui n’est pas optimisé.

Avantages

  • Permet de transposer l’ensemble du contenu d’un site en format adapté pour mobile simplement par l’utilisation de CSS;
  • Il n’est pas nécessaire de modifier le système de gestion de contenu (SGC), ce sont les gabarits qui feront l’ensemble du travail;
  • Il n’y a pas de gestion en double du contenu;
  • Permet d’optimiser l’affichage pour des largeurs d’écrans et non des appareils, ainsi on évite des écueils des différentes plateformes technologiques;
  • On ne retrouve pas le contenu sous deux URL différentes car c’est la même page qui s’affiche dans tous les cas;
  • Les coûts récurrents de maintenance sont réduits par rapport à la création de sites mobiles distincts.

Inconvénients

  • Il ne s’agit pas d’une «optimisation du site pour mobile», car le HTML et les codes JS demeurent les même que pour un site non-mobile, impliquant une surcharge de poids et une lenteur possible du chargement de la page;
  • Il faut que le design adaptatif soit pris en considération dès le début du projet par l’équipe de conception pour créer l’ergonomie, le design et le code en conséquence, en plus d’adapter la gestion de projet;
  • Il peut s’avérer très lourd de faire la gestion de plusieurs CSS en même temps et les impacts du redimensionnement peuvent être parfois difficiles à prévoir et demander plus de temps de corrections;
  • C’est une approche qui peut engendrer des coûts supplémentaires lors du développement, principalement si l’équipe de travail est peu familière avec le design adaptatif, ce qui tend à diminuer une fois l’équipe bien formée;
  • Il n’est pas possible d’afficher le site en «format régulier» car l’affichage s’adapte selon la largeur de l’écran automatiquement.

Design adaptatif «optimisé»?

Depuis peu, on parle de solutions hybrides, où on inclurait des approches de sites dédiés au design adaptatif. Cette méthode hybride est nommée «Responsive Web design with Server Side components», mieux connue sous le vocable RESS.

Le développement d’application pour mobile

On parle d’application pour mobiles, du type de celles que l’on retrouve dans les AppStores, les magasins d’applications en ligne. Celles-ci sont conçues pour des technologies spécifiques (iOS, Android, WindowsPhone7 ou BlackBerry). Luke Wroblewski parle de «Device experience», une approche plus large qui englobe plus que seulement le mobile.

Dans le cas qui nous intéresse, les applications peuvent s’avérer fort intéressantes dans certaines situations principalement lorsque l’on doit transiger avec la clientèle (transactionnel) ou bien pour mettre à profit certaines fonctionnalités de l’appareil (contacts, GPS, stockage, méthodes de saisies des données, gyroscope…).

Malgré tout, il faut se demander quel est l’intérêt pour une organisation gouvernementale de développer elle-même une application. Les coûts de conception et d’entretien peuvent facilement monter en flèche et il peut s’avérer difficile de faire la maintenance vu la variété d’appareils ou de versions de systèmes d’exploitation sur le marché. De plus, le développement d’applications par les organismes gouvernementaux va plutôt à l’encontre de l’orientation d’ouverture des données publiques qui permet aux citoyens et aux entreprises de créer des applications à partir de ces données.

Avantages

  • Permet d’optimiser au maximum l’utilisation des fonctions de l’appareil mobile et l’interface utilisateur;
  • Les applications sont spécifiques et peuvent s’avérer fort utiles pour certaines clientèles spécifiques.

Inconvénients

  • Il faut développer pour une technologie spécifique ou dédoubler le travail pour toutes celles que l’on désire supporter;
  • Une application pour téléphone sera mal affichée sur une tablette et nécessitera un nouveau développement;
  • Il faut maintenir l’application à jour;
  • Il s’agit d’un développement complet, avec tout ce que ça implique.

Avant d’aller plus loin, je vois poindre les commentaires au sujet des applications HTML5, comme quoi c’est une option viable. Effectivement, il faudrait penser à regarder de ce côté.

Dans les faits, si je ne m’abuse, c’est ni plus ni moins un site dédié dans lequel on retrouve une application (en HTML5), non?

Données ouvertes et API

L’ouverture des données publiques n’est pas, à proprement parler, une approche pour mobile. Effectivement, on parle ici de rendre disponible diverses données spécifiques, via un site dédié ou bien par l’utilisation d’API («Application programming interface») à des développeurs externes du gouvernement qui pourront alors les utiliser dans leurs développements informatiques.

Ainsi, contrairement à toutes les autres approches présentées, au lieu de faire le travail de mobilité, on propose ici d’offrir les données de façon à ce qu’une autre entité puisse développer une application, un site ou autre en utilisant des données que l’organisation rend disponibles.

Il est impossible de déterminer quels seront les produits développés à partir des données ouvertes, ni même quelle en sera leur utilisation, c’est pourquoi on devrait considérer cette approche comme étant complémentaire à toutes les autres.

Oh, et une partie du boulot a été déjà faite, par le biais du portail de données ouvertes du gouvernement du Québec (ne manque que la variété des données qui viendra avec le temps).

Finalement, peu importe la solution de mobilité choisie, certaines données devront être offertes pour que la communauté puisse bâtir des solutions avec ces dernières.

Le choix d’une solution

Choisir une approche mobile, voici maintenant le nœud de l’histoire. Comment fait-on pour déterminer ce qui est le meilleur choix pour notre organisation et notre clientèle? Plein d’éléments doivent être pris en ligne de compte. Premièrement, a-t-on réellement besoin d’une approche de mobilité?

Le premier article de la série est assez évocateur. Oui. Bon, maintenant, on fait quoi?

Je tiens à rappeler que cette série d’articles s’adresse principalement aux responsables de sites du gouvernement, donc d’organismes publics, qui ont comme principal objectif de diffuser de l’information et ce, à moindre coûts et avec un maximum de facilité pour l’utilisateur.

Luke Wroblewski, qui nous a gratifié d’un passage au Web à Québec en février dernier, résume très bien les questions que l’on doit se poser lorsqu’on veut faire un choix.

Il propose trois options:

  1. Responsive Web design (design adaptatif);
  2. Optimisation pour l’appareil (Device experience);
  3. Design adaptatif avec composants serveurs (RESS).

Pour les besoins de la cause, je vais regrouper les options 1 et 3 sous un même nom, soit design adaptatif. C’est ni plus ni moins des solutions de design adaptatif, mais la 3e comporte un volet de détection de l’appareil et des modifications au niveau du serveur. C’est un «design adaptatif aux stéroïdes», si vous préférez.

Là où on a un élément de précision, c’est au point 2, quand LukeW parle de «Device Experiences». Il traite ici une d’approche à la Netflix, où on fait une application selon le type d’appareil utilisé (ex. mobile Android, iOs, ordinateur, console de jeux…). Bref, du développement d’application très poussée.

Compte tenu du contexte gouvernemental du présent article, je me permet de mettre de côté l’approche de développement d’application, onéreuse et complexe.

À moins d’une raison vraiment exceptionnelle, il y a peu de chances que les coûts engendrés par cette approche puissent être justifiables. Il nous reste donc deux candidats: les sites dédiés (non mentionnés par LukeW) et le design adaptatif.

Lequel choisir? Personnellement, je crois que la majorité des sites gouvernementaux seraient nettement plus viables en offrant une interface réactive à la largeur de l’écran de l’utilisateur plutôt que de rediriger vers un site mobile. La raison est simple: les coûts.

Pourquoi favoriser le design adaptatif?

Lors du design d’un site, on doit créer un visuel et les CSS qui y seront appliqués, de toute façon. Prévoir un montant légèrement plus élevé pour intégrer la notion de design adaptatif n’est pas si sorcier et permet de rejoindre facilement nos utilisateurs peu importe leur outil de visualisation.

La création d’un site mobile dédié nécessite une intervention au niveau de la techno, soit sur le serveur. On parle de redirection, de détection de l’agent utilisateur (user agent), de création d’URL et parfois de gestion particulière au niveau du CMS. Bref, des interventions qu’une équipe de communications devra reléguer à celle du développement et que ces équipes devront reléguer souvent, à leur tour, à l’équipe de gestion des serveurs. Vous voyez le tableau.

Un design adaptatif qui ne comporte qu’une détection de la largeur de l’écran en CSS3 est, en théorie, plus facile à implanter. Une fois le tout en place, ça se maintient relativement bien. Par contre, il faut éviter des pièges.

N’oubliez pas qu’un site adaptatif utilise le même code HTML, les mêmes CSS (ou presque) et le même JavaScript. Il n’est pas rare de voir des sites ne passant tout simplement pas sur mobile, comme celui d’un parti lors de la dernière élection provinciale, qui avait un poids moyen de ses pages de 3,6 Mo sur mobile, en design adaptatif.

Plutôt que de voir le site, on avait un message nous avisant que le fureteur était incapable d’afficher le site.

La mort du site dédié?

Non, le site dédié a encore son utilité. Dans certains contextes, il sera préférable de choisir cette approche. Ne serait-ce que pour des sites ou portions de sites impliquant une saisie par l’utilisateur, des applications Web ou de l’affichage de données important.

On pourrait aussi penser à de gros systèmes gouvernementaux complexes qui pourraient nécessiter un volet mobile multiplateformes et optimisé le plus possible.

Certains sites informationnels seraient peut-être aussi susceptibles de bénéficier d’un volet dédié, si on décide de favoriser une portion du contenu plutôt que de rendre disponible l’ensemble de l’information du site, pour des raisons éditoriales ou autres.

Bref, on doit peser le pour et le contre des deux méthodes avant de se lancer dans l’aventure.

Et la suite?

Le prochain article traitera plus précisément du design adaptatif et de son implication, sa mise en place et de cas vécus dans le cadre de projets gouvernementaux. D’ici là, vous êtes invités à laisser des commentaires sur le blogue de E-Gouv Québec!

Thierry Goulet, E-Gouv Québec

Une stratégie inspirante pour le prochain gouvernement du Québec : le gouvernement ouvert de la Colombie-Britannique

3 septembre 2012 2 commentaires

En mars 2011, Christy Clark, première ministre de la Colombie-Britannique, s’est engagée à faire de son gouvernement un gouvernement ouvert. Elle n’a pas hésité à placer cet engagement au cœur de sa campagne électorale et a concrétisé cette promesse une fois élue en février 2011. Quelques mois plus tard, cette volonté de transparence et de participation citoyenne devenait réalité.

En juillet 2011, la Colombie-Britannique est devenue le premier gouvernement provincial à lancer un portail de données ouvertes.

À l’aube de l’élection d’un nouveau gouvernement au Québec, nous nous demandons si le prochain chef du gouvernement prendra un engagement aussi clair que la première ministre de la Colombie-Britannique envers le gouvernement ouvert. Pour l’inspirer et lui permettre de voir à quoi pourrait ressembler un gouvernement ouvert au Québec une fois en place, nous proposons un survol de la stratégie de gouvernement ouvert de la Colombie-Britannique.

La stratégie globale

La première ministre invite le gouvernement de la Colombie-Britannique à changer son approche de gouvernance en plaçant le citoyen au coeur des services Web et en faisant preuve davantage de transparence en rendant disponible l’information gouvernementale d’intérêt public.

L’initiative du gouvernement vise principalement l’engagement des citoyens, mais aussi l’amélioration de la prise de décision et l’obligation de rendre des comptes, grâce notamment à un accès amélioré aux données publiques, au partage de l’information gouvernementale et à l’utilisation des médias sociaux.

Travailler plus étroitement avec les citoyens pour planifier les services gouvernementaux, développer des politiques, participer à l’élaboration du budget et améliorer la prestation des services, voici les résultats attendus de la stratégie de gouvernement ouvert de la Colombie-Britannique. Le gouvernement s’engage à parler ouvertement de ses problèmes et de l’établissement de ses priorités en établissant en travaillant de concert avec les citoyens pour trouver des solutions et expliquer les décisions. Il s’agit d’une manière nouvelle d’entrer en contact et de communiquer avec les citoyens favorisant l’innovation et la création de valeur.

Quelques facteurs de succès

Pour faciliter l’implantation du gouvernement ouvert et assurer son succès, le gouvernement de la Colombie-Britannique s’est doté d’une vision gouvernementale centrale grâce à un engagement ferme émanant de la première ministre. Sa stratégie mise sur l’engagement des employés et des citoyens et non sur la technologie en stimulant l’innovation et en incitant un changement de culture organisationnel.

Un ministère a été attitré officiellement à la mise en œuvre du gouvernement ouvert : Ministry of Labour, Citizens’ Services and Open Government. Ce dernier s’est vu confier la responsabilité de diriger les changements et veille actuellement à ce que chaque ministère produise un plan annuel (transformation and technologie plan) décrivant l’avancement de ses travaux notamment en ce qui concerne l’ouverture des données et les efforts réalisés pour effectuer le virage culturel.

«The success of this strategy will ultimately be determined not by tools and technology itself, but by how effectively the employees of the Bc Public service and the citizens of the province adapt and apply those tools together to improve the interaction of the people and their government. » (Source : Citizens @ The Centre: BC Government 2.0  A Transformation and Technology Strategy for the BC Public Service)

Une inspiration pour le Québec

Le Québec a tout à gagner en s’inspirant de la Colombie-Britannique. Bien que le gouvernement du Québec s’est engagé sur la voie du gouvernement ouvert et que des travaux ont été entamés notamment avec la mise en ligne du portail de données ouvertes au mois de juin dernier, beaucoup de travail reste à faire.

L’enjeu principal réside dans le changement de culture organisationnelle et dans la volonté de doter le Québec d’une stratégie centrale d’où pourra émaner progressivement un véritable changement sur les plans numérique et culturel. Ayant toujours fonctionné sous une notion de contrôle dans un mode hiérarchique et rigide, le gouvernement a beaucoup à apprendre pour développer de nouvelles façons de travailler avec le public en passant à un mode beaucoup plus organique et flexible. Cette nouvelle approche amène le gouvernement à prendre des risques (smart risk) et lui demande d’être à l’écoute, de discuter et surtout de collaborer.

Vous voulez en savoir plus sur le sujet? Ne manquez pas la conférence de David Hume, directeur exécutif de la mobilisation des citoyens pour le gouvernement de la Colombie-Britannique à la JIQ le 19 novembre prochain : Comment les citoyens et le gouvernement peuvent travailler ensemble pour réaliser de grandes choses.

Joëlle Bernard, E-Gouv Québec

Sources

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